Deux syndicats de médecins privés accusent le ministre d’avoir autorisé le travail partiel dans le public. Ils redoutent la concurrence et «l’abandon des hôpitaux publics»

Le ministre de la Santé a-t-il réellement autorisé les médecins du secteur public à travailler à mi-temps? C’est la question qui taraude  l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) et le Collège syndical des médecins spécialistes privés (CSNMSP). Ces derniers viennent de publier un communiqué virulent dénonçant ce qu’ils appellent «l’exercice de la médecine illégale». (Voir L’Economiste du vendredi 17 juin). Les deux associations se réfèrent à une réunion tenue le 2 juin à Casablanca au cours de laquelle le ministre de la Santé aurait déclaré «qu’à partir de 13 heures et durant toute la semaine, il ne demanderait plus après un médecin du secteur public qui quitterait ses fonctions pour exercer dans le privé».

Aucune indication n’est donnée sur l’objet et le lieu de la réunion, les deux associations s’appuient sur la diffusion du contenu sur les réseaux sociaux. De plus, ils disent avoir saisi le ministre par écrit pour obtenir les éclaircissements nécessaires mais sans résultat. D’où la publication du communiqué, une dizaine de jours après la correspondance adressée au ministre. Sollicité à maintes reprises, El Houssaine Louardi est resté injoignable. Impossible de joindre également son directeur de cabinet et encore moins le secrétaire général du ministère de la Santé via le standard.

Pour le docteur Saâd Agoumi, président du CSNMSP, si l’annonce faite par le ministre «se confirme, c’est le corps médical privé qui sera mis définitivement à genoux». Traduisez une concurrence déloyale du fait que les médecins du secteur public ne sont pas fiscalisés pour les fonctions qu’ils exercent dans le privé. De ce fait, ils n’hésiteraient pas à proposer leurs services à moitié prix. La même aberration vaut pour nombre de médecins du privé. Selon Agoumi, les deux textes sur l’assurance maladie et la retraite des indépendants pour lesquels une bataille a été menée depuis plusieurs années sont toujours bloqués au Parlement. Et quelle serait la situation des patients qui recourent aux hôpitaux publics? Ces derniers seraient obligés de les desservir que durant la demi-journée? C’est à craindre que la pratique soit vite généralisée à d’autres secteurs publics comme l’enseignement et la sûreté nationale.

Pourtant, le ministre de la Santé avait multiplié les annonces quant à «la fin de l’invasion de la médecine privée par les praticiens du secteur public. En novembre 2012, il avait même demandé et obtenu l’arbitrage du Secrétariat général du gouvernement qui l’a conforté dans sa démarche. Le SGG avait précisé que «tous les praticiens du secteur public doivent respecter la loi qui interdit aux fonctionnaires de pratiquer dans le privé». C’est pourquoi les médecins du secteur libéral réclament des éclaircissements publics de la part de la tutelle.

leconomiste

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