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5 Déc 2015

LA SANTÉ AU MAROC, LE MAL QUI N’A PAS DE REMÈDE

Le secteur de la santé au Maroc souffre de nombreux dysfonctionnements, que ce soit au niveau des services de santé, des conditions de travail des médecins, de l’insuffisance de la capacité d’accueil des centres hospitaliers, du manque de personnel qualifié et de matériel médical, etc.

Ces dérèglements ne datent pas d’hier ; cela fait des décennies que la santé au Royaume souffre de tous les maux, et aucun gouvernement n’a réussi à sortir ce secteur de sa situation dégradante.

Il est vrai que ces dernières années, le Maroc a franchi un énorme pas en ce qui concerne la baisse des prix de plusieurs médicaments, notamment ceux utilisés dans le traitement contre le cancer, le diabète, l’hypertension artérielle, le cholestérol et l’épilepsie. Aussi, il y a quelques jours, le ministre de la Santé, El Hossein El Ouardi, a annoncé la mise en circulation d’un médicament pour le traitement de l’hépatite C, dont le prix a été ramené à environ 3.000 Dirhams, au lieu de 8.000 Dirhams actuellement. On ne peut qu’applaudir cette démarche et l’encourager, mais qu’on est-il de l’accès aux soins, de l’état des CHU? Il est à noter que plusieurs dysfonctionnements ont été enregistrés au niveau des cartes RAMED, un régime qui devait bénéficier au plus démunis et dont une grande partie de Marocains dans le besoin ne profite pas!

L’état désastreux des maternités

Ces dernières années, l’hôpital public a été au centre de plusieurs scandales sanitaires. On se rappelle l’histoire des quadruplés qui n’ont pas trouvé de couveuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca. Un énorme déficit en équipements de néonatologie qui a failli coûter la vie aux nouveau-nés!

Une vidéo amateur, montrant une femme qui accouche sur le sol d’un centre de santé de Hay Mohammadi, avait également indigné les internautes marocains, et suscité le débat sur l’état déplorable dans lequel se trouvent nos hôpitaux.

Les dysfonctionnements dont pâtit le secteur rendent l’accès aux soins et aux services de la santé difficile, voire impossible, pour les familles démunies qui n’ont pas d’autres choix que de faire avec les moyens du bord.

Il y a quelques jours, une jeune femme enceinte s’est rendue à l’hôpital public de Berrechid, munie d’un certificat médical qui attestait de la gravité de son cas et de la nécessité de subir une césarienne dans la semaine. Faute de place, le médecin lui a donné rendez-vous dans un mois, sachant qu’elle avait dépassé son terme.

«Le médecin m’a dit qu’elle ne me recevrait que si le travail avait commencé, et que sinon je devrai attendre mon tour», affirme la jeune maman qui, 3 jours après, perd les eaux et se rend en catastrophe à l’hôpital. A 2h du matin, personne à l’horizon, elle crie et cherche une assistance pendant de longues minutes mais personne ne lui vient en aide.

«J’ai attendu dans la douleur jusqu’à ce qu’une infirmière apparaisse, énervée qu’elle ait été réveillée, et me dise que je dois me rendre à l’hôpital de Settat parce qu’il n’y a ni sage-femme ni médecin à cette heure-ci».

La future maman arrive à Settat dans un état lamentable, souffrant le martyr, et doit attendre plus de 7 heures avant qu’on puisse l’opérer.

«Personne ne s’est soucié de moi ni de mes douleurs. J’ai dû donner un grand pourboire à une infirmière pour qu’on puisse me préparer à l’accouchement de suite. Le service de maternité est désastreux, le personnel est odieux et irrespectueux… alors que je criais de douleurs, la sage-femme m’a ordonné de me taire, parce que mes cris la dérangeaient, et a menacé de m’envoyer à Casablanca pour me faire «tripoter par les infirmiers»… j’ai failli mourir et ma fille aussi».

Comment peut-on espérer un recul du taux de mortalité maternelle et infantile au Maroc? Les femmes marocaines et les nouveau-nés meurent par manque d’assistance et parce qu’ils n’ont pas toujours accès aux soins médicaux.

Des histoires pareilles ne sont pas rares, et sont très souvent relayées par les médias nationaux et partagées sur les réseaux sociaux pour dénoncer ces dépassements et faire réagir l’opinion publique. Mais finalement, rien ne change, et les mêmes scénarios se répètent tous les jours dans tous les hôpitaux du Maroc sans qu’une solution concrète ne soit trouvée.

LA NOUVELLE TRIBUNE 03/12/2015

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